Paris vs Alexandrie. 3 : preuve d’amour en public…

Quand on vit à Alexandrie, même sensibilisé, on n’a qu’une petite idée des effusions d’amour en public. Evidemment, il serait exagéré de dire qu’elles n’existent pas. Bien sûr, l’Alexandrin a un cœur qui peut battre pour l’être aimé, comme partout ailleurs. Mais où les jeunes peuvent-ils exprimer ce désir de l’autre et à quel degré ? A Paris, l’amour n’a pas de lieux…

(c) Wikipedia

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Chez les jeunes Alexandrins, l’envie d’enlacer l’âme sœur est là. Dans la rue. Sur la corniche. Au musée. Dans les jardins. Sur la plage. On le sent dans leur complicité, dans leur proximité. Mais il y a comme une barrière que je ne veux pas dire religieuse, sociale ou culturelle. Mais plus qu’une barrière, un interdit. Un lourd poids qui pèse sur une jeunesse inspirée, en quête de nouveaux plaisirs, d’expériences nouvelles.

Dans les lieux publics, les amoureux se limitent à un profond sourire pour décrire les battements de leur cœur. Les plus téméraires sont bras dessus, bras dessous. Je ne sais pas ce qui peut leur arriver. Mais le regard des passants semble foudroyant. Certains amoureux n’hésitent pas à franchir le Rubicon, posent leurs lèvres sur le front de leur dulcinée et un large sourire renchérit le moment. Il n’est pas possible d’en faire plus.

La police sociale et morale que constituent les gardiens du temple est là. Elle interpelle ceux qui gênent les mœurs.  Ceux qui tentent de violer le haram pour leur bon plaisir. Ceux qui, dans l’extase de leurs sentiments veulent attenter à la pudeur. La société égyptienne n’autorise pas cette largesse. Pourtant, le symbolisme de ces lieux est fort, du moins à mes yeux. En effet, c’est les seuls endroits où les amoureux peuvent se rencontrer pour discuter, se sentir près l’un de l’autre et faire des projets. A priori, et selon ce que j’ai pu comprendre, les amoureux ne peuvent se rendre dans le domicile de la belle famille, qu’après le mariage. Question culturelle ? Si cette compréhension n’est pas erronée, les lieux publics représentent alors les seuls endroits où les amoureux peuvent se rencontrer.

Sous d’autres cieux, l’amour se vit autrement. Comme à Paris la belle. L’ambiance, la mode, le tourisme, le mélange de nationalités tout cela est presque affolant. Mais ce qui marque le plus, ce sont les amoureux. Le pont des Arts qui porte le lourd poids de ces cadenas scellés par des couples, en signe d’amour, est à mes yeux tout un symbole comme si l’amour choisissait ses lieux.

Il est aux environs de vingt heures. Dans l’empressement général dans les stations de métro, dans la rame qui déborde de monde, à deux centimètres de votre nez, ou encore dans l’attente sur le quai, des lèvres s’apprécient les unes contre les autres. Des amoureux profitent du moment sous le regard effacé (?) des autres gens. Dans un jardin, dans la rue, ils s’embrassent. Et leur instant devient mon instant. Un signe fort d’affection ? Ou juste une pratique qui s’est érigée en mode sociale ? Il n’y a pas la phobie de la police sociale. L’idéal alexandrin que j’ai connu jusque-là s’invite dans mes pensées de même que l’image des couples rencontrés dans cette ville.

Si je commets un crime à apprécier les effusions d’amour en public, que j’en sois condamné. Au Bénin, tout comme dans beaucoup d’autres pays du monde, la société est restée conservatrice. Pour certaines personnes, il est gênant de voir des couples s’embrasser en public. Et pourtant les baisers en eux-mêmes remplissent de nombreuses fonctions. Mais pour moi, là n’est pas le problème. Puisque chaque société a ses codes, sa philosophie de vie, je laisse aux Alexandrins les leurs, aux Parisiens les leurs aussi.

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
Djossè TESSY

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2 Commentaires

  1. Deux « mondes » qui se rencontrent sous ta plume qui les décrit très bien. Je dois avouer que l’expérience alexandrine ne laisse pas indeme dans cette découverte du monde. Parfois la pudeur et les interdits révoltent lorsqu’on les vit, parfois on les regrette un peu lorsque les « libertés » nous oppressent, nous leurent, nous privent de cette sincerité des regards, des gestes furtifs que tu décris ici. Belle article mon cher, merci de nous embarquer dans ton choc culturel.

    1. Merci Pascaline. C’est vraiment le quotidien à Paris et à Alexandrie…tu sais très bien. Et à un moment donné, j’ai voulu prendre position sur qui fait bien. Mais je me suis rendu compte qu’il ne faut pas essayer de se poser cette question, et regarder ce qui se passe et le prendre comme tel. Merci d’être passé !

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