Chronique alexandrine 1 : Partir ou rester ?

Je vous livre dans « Chronique alexandrine », les tribulations de Patou*, un jeune béninois vivant à Alexandrie. Par ses pérégrinations, je vous fais découvrir la vie en Egypte. Bonne lecture !

Tout est prêt pour rejoindre la république arabe d’Egypte.

Alexandrie, l’une des plus grandes villes du pays des pharaons, fascine le jeune Patou, fraîchement admis à l’Université Senghor, opérateur direct de la Francophonie. C’est aussi la fièvre de cette bonne nouvelle dans sa famille. Il y a deux mois, son frère aîné est rentré définitivement de la France, après trois années de formation dans une grande école militaire. Et c’est au tour d’un autre membre de la famille de partir, pour deux années. Partir est souvent assimilé à la réussite, à la prospérité, dans les sociétés africaines, où les proches au pays, ont une vision paradisiaque de l’ailleurs. Tout le monde est joyeux à la maison. Passée l’euphorie, Patou doit se concentrer sur son voyage, régler les derniers détails et penser à ses nouveaux projets. Mais de l’autre côté, au Caire, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le peuple égyptien a entamé sa deuxième révolution. Il est dans les rues et son président vient d’être déposé quelque part en prison. Patou ne laisse pas transparaître sur son minois, une seule seconde d’inquiétude. Mais son ventre se retourne chaque fois qu’au journal de 20 h, on annonce : « attentat à la voiture piégée au Caire, bilan : 20 morts et des centaines de blessés… ». Pour certains commentateurs, ce sont des martyrs et toute révolution choisit ses morts. Comment les choisit-elle ? Patou se rappelle qu’à l’entretien, constitutif de la dernière phase du concours d’entrée à l’Université Senghor, l’examinateur lui a demandé : « pensez-vous pouvoir vous adapter en Egypte ?» et sa réponse toute faite : « mais bien sûr, ça fait 5 ans que je ne vis plus avec mes parents, et je saurai m’adapter, sans grande difficulté… » ; « la vie en Egypte est différente… », lui avait lancé son interlocuteur.  Il se rappelle que suite à cette phrase, une profonde angoisse lui a remonté un chat dans la gorge. Jusque-là, il ne se doute pas que la question n’était pas venue comme par hasard. Il y a bien quelque chose à savoir. Les jours s’écoulent et dans le for intérieur de Patou, il y avait souvent un rendez-vous intime, entre son cœur et sa tête, pour décider. Décider de partir ou de rester ? Il remarque que sa mère, la femme la plus courageuse qu’il a connue ici-bas, laisse quelques fois transparaître son inquiétude. Mais son frère, désormais officier de l’armée béninoise, le plus avisé de la famille sur les questions de sécurité, essaye de rassurer tout le monde, que rien ne se passera. Patou, ne savait pas pourquoi son frère à chaque fois, se veut aussi rassurant. Il lui fait confiance de toutes les façons.

C’est le jour du voyage. Toute la famille s’est réunie autour d’un pot pour fêter le départ de Patou. Départ de Cotonou, une escale à Casablanca et il se livre aux premières comparaisons. Déjà, il avait entendu parler de Casablanca dans les livres, à la télévision…Quand il découvre l’aéroport où il doit changer d’avion, il s’imagine ce que le sous-développement à fait de son pays, un crime comme il se l’a murmuré tout nerveux et souriant. Il a une, deux petites heures pour contempler le subliminal aéroport de Casablanca, avant d’embarquer à nouveau, en partance pour le Caire.

Trainée d'avion Source : wikipedia

Trainée d’avion Source : wikipedia

Pendant le vol, Patou se refuse au sommeil et observe tout surpris l’appareil planer au-dessus des nuages. Le moindre bruit qu’il entend, l’intimide. Il n’avait jamais su que l’avion peut bien avoir des secousses, comme les voitures sur des routes de Cotonou. Après plus de quatre heures de vol, l’avion atterrit vers 19 heures. Le ciel s’est assombri sur la métropole. Les gens ont applaudi les membres de l’équipage et s’en est suivi une agitation généralisée. Patou, qui vient de faire son baptême de l’air, a envie d’aller serrer la main du pilote, pour le remercier. Il n’en aura pas l’occasion. Un représentant de l’université attendait déjà la délégation d’étudiants béninois, qui avait annoncé son arrivée. Une fois les formalités finies, la délégation a pris la route vers l’hôtel pour une première nuit. Il y avait un calme impressionnant, mais un contrôle aussi présent à chaque kilomètre près. C’est l’application du couvre-feu qui venait d’être décidé par les autorités égyptiennes. Patou a connu l’uniforme militaire de son frère, mais n’avait jamais vu de ses propres yeux des soldats aussi armés. Il vient d’un pays qui, depuis une vingtaine d’années, a retrouvé sa stabilité et dont la puissance militaire comparée à celle de son pays hote, un poulet à côté d’un vautour. Les blindés militaires et ces soldats, les yeux rouges sang et les canons pointés vers un ennemi imaginaire, l’effraient. Il contrôle son regard, même si par moment, sa curiosité ne le lâche pas. Pourtant, à quelques mètres de ce point de contrôle, il y en a qui marchaient dans la rue et ne s’empressaient nullement. Les restaurants sont bien ouverts et accueillent des clients. Bienvenu dans un nouveau monde. C’est le début d’une longue aventure pour Patou !

* Patou est un nom imaginaire. Le récit est inspiré d’une histoire vraie.

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
Djossè TESSY

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5 Commentaires

  1. Vraiment très émouvant comme récit. Je suis comblé par cette narration cher ami Djossè. « Les aventures de Patou », c’est à suivre avec délectation.

  2. Tiens,tiens.Ce jeune Patou me rappelle étrangement aussi un jeune béninois que j’ai rencontré à Paris un jour n’est-ce pas Djossè.Partir ou rester:l’éternel dilemme.Patou saura au moment opportun faire le bon choix pour son avenir.J’attends ses nouvelles aventures et mésaventures au Caire…

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