Présidents plébiscités ?!…

Les élections présidentielles en Afrique m’apprennent des choses. Elles m’apprennent comment des politiciens manipulent la démocratie. Elles m’apprennent comment, même les urnes ne résistent pas à la popularité.  Il y a une époque où la plupart des chefs d’Etat africains au pouvoir y sont parvenus chacun de sa petite « magie » : coup d’Etat (putsch dans le jargon), élimination physique (comme l’autre a fait pour son meilleur ami là), pouvoir héréditaire (le père puis le fils), etc. Ces méthodes ont fait de ces chefs d’Etat, des hommes forts dans un premier temps. Le pouvoir a fini par faire d’eux des barbares dans un second temps. Les plus téméraires d’entre eux sont restés longtemps au pouvoir. Ils ne jurent que par et pour l’argent, les forces occultes et la politique politicienne. Ils comprennent la démocratie d’une manière plus voilée que Mobutu. Selon ce dernier, s’il y a plusieurs partis politiques, il y a une pluralité de vérités alors que la vérité est unique. L’unique vérité, c’est son parti. C’est cette vision que certains chefs d’Etat ont encore aujourd’hui, en s’éternisant au pouvoir.  On a souvent cité des gens qui sont des hommes de main pour ces dirigeants. Ces gens prêts à tout pour le chef : à tuer, à tripatouiller, à corrompre, à manipuler, à manigancer… sur le dos du peuple.

Source : http://jeanloupece.fr/

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Mais depuis quelque temps, la pression monte dans tous les sens. Les présidents savent maintenant ne plus s’amuser à l’ancienne pour prendre le pouvoir. Parce qu’on parle de Cour pénale internationale (un genre de tiroir surtout pour les présidents non grata, nuisibles et prouvés comme tels). On parle de gel de subventions et consorts. Sans oublier le soulèvement populaire dont le Maghreb a fait l’expérience et des présidents, les frais.  Alors, pour être un bon président, invité et cité par Obama ou encore Hollande, il faut être clean. Il faut surtout organiser les élections, supervisées par des observateurs internationaux. Le but de l’exercice, c’est de montrer qu’on est un président exemplaire et qu’il s’agit bien d’un Etat de droit.

Je vous parlais de ces magies de présidents qui ont montré désormais leurs limites parce qu’ils ne sont pas discrets. La preuve, quand il y a un putsch, les médias le relaient tout de suite. Et les informations vont tellement vite qu’on sait souvent qui est derrière l’acte criminel. Les présidents ont trouvé une autre solution beaucoup plus pratique pour conserver le pouvoir. Son indiscrétion certes positive n’emballe pas tout le monde. C’est le plébiscite. Vous voulez des élections ? En voici. Au moins, quand un président prend le pouvoir par la voie des urnes, il met tout le monde d’accord sauf ceux qui ne veulent pas être d’accord, l’opposition. Et le soir de l’annonce des résultats, il reçoit fièrement ses félicitations de l’Elysée, de la Maison Blanche…C’est plus moderne pour lui ainsi.

Les résultats de ces scrutins restent souvent anecdotiques. Et depuis quelques années, les cas de « plébiscites ? » de président en Afrique sont légion. Fini alors la magie qu’opèrent les armes à feu pour dégommer un président et lui usurper sa place. Maintenant, c’est le peuple qui est pris à l’assaut. Ils l’invitent au scrutin dont les dés sont pipés à l’avance. Ce peuple, est-il inconscient de ses choix ? Ce peuple, décide-t-il vraiment de son dirigeant ?

Ces scores-fleuves et déroutants sont le résultat d’une série de manipulations pour fabriquer un cocktail Molotov. Ces manipulations commencent par les fichiers électoraux et se poursuivent jusqu’à la délibération. Les stratégies en sont autant diverses. Il y a dans les palais présidentiels des griots qui sont commis à cette tâche. Leur ultime et unique but, c’est de reconduire le président sortant, tambour battant. Ils préparent psychologiquement le peuple en mettant notamment les médias à contribution. C’est plus fort que la propagande. Ça ressemble à du harcèlement mental.  Il suffit de dire et de chanter que tout ce qui est fait n’a été possible que par la bonté, la largesse, la vision, l’incommensurable amour du vénérable président pour son peuple. Et pourtant, ce n’est pas toujours vrai dans tous les cas. Mais qui peut dire le contraire ? C’est pas le ministre qui a fait une messe dans son village pour rendre grâce à Dieu pour sa nomination. Lui, il veut garder son poste. Non plus le maire ou le député qui veut être réélu sur la liste du parti au pouvoir. Tous ceux-là ont donc intérêt à ce que le tout puissant président revienne au pouvoir, qu’il s’y éternise. Le peuple lui-même ne sait à quel saint se vouer. Puisque, de toutes les façons, sa situation ne change pas. Pire, elle s’empire. Loin de ces manipulations tous azimuts, les présidents prennent aussi le pouls de l’enjeu et cette phrase fétiche le jour du vote est de nature à confirmer l’avenir : « nous sommes convaincus de notre victoire !».

Pas besoin d’être un homme qui dispose de toutes ses facultés physiques ou intellectuelles pour être président en Afrique. Il suffit d’avoir derrière, des gens qui croient en vous au nom de leurs propres intérêts, qui peuvent financer votre campagne contre les marchés gré à gré que vous allez leur confier. En Algérie, le cas Bouteflika, 77 ans et en fauteuil roulant,  est désolant. Mais rien, ni même le peuple, ne l’a empêché de rafler plus de 81 % des suffrages exprimés. Président plébiscité. Dans un ancien billet, je décrivais l’amour fou pour le maréchal Al-Sissi. Après avoir participé à l’évincement du président islamiste Morsi, il a été préparé pour être président. Pour moi, les élections en Egypte sont juste des formalités pour consacrer Al-Sissi. Des élections qui représentent la prunelle des yeux de la Maison Blanche après le cafouillage de l’après-Morsi. C’est fait. Al Sissi a été plébiscité à plus de 90 % des voix selon la télévision d’Etat. Un autre cas qui fait école est celui de Mugabe, 90 ans. Il avait aussi fait le boulot dès le premier tour des élections au Zimbabwe.

Avec cette stratégie, un second tour n’est pas opportun pour décider si le président continue à la tête du pays ou pas. Ce type d’action rapide et efficace pour déstabiliser sans fair -play ses adversaires politiques est devenu un effet de mode présidentielle en Afrique. C’est clair maintenant. On n’organise pas des élections pour les perdre. J’en connais chez moi aussi qui a remporté les élections dès le premier tour alors qu’il était en lice avec une vingtaine de candidats. Surprise. Est-ce le fruit d’un premier mandat réussi avec des scandales sociaux et économiques tous azimuts ? Est-ce l’amour fou pour la personne de Yayi ? Est-ce les promesses non tenues et celles futures, autant démagogiques que les précédentes qui ont permis l’exploit ? Je ne saurais le dire, ni personne d’ailleurs. Mais ce que je sais, c’est que, comme l’a remarqué le président Abraham Lincoln, « on peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ».

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
Djossè TESSY

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2 Commentaires

  1. IL est fort regrettable que 50 ans après les indépendances ou dépendances,la démocratie ne soit encore qu’une vue de l’esprit puisqu’en réalité elle n’existe quasiment pas.En Afrique,l’opposition est souvent baillonnée,hélas.Le peuple pris en otage espère désespérément un changement qui ne viens toujours pas.Nos Présidents sur le continent resteront à vie que des pantins de l’Occident qui les utilisent au gré de leurs intérets d’Etats.Ah Pauvre Afrique,Réveille-toi enfin…

    1. Merci Rita pour ton commentaire. Tu as tout compris et tout dis…mais le mal semble se généraliser. Heureusement qu’il a des pays où le peuple ne dort pas. Wade l’aurait appris à ses dépens…Merci d’être passée pour laisser entendre ton coup de gueule.

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