Paris VS Alexandrie. 1 : Entre préjugés et réalités

Ceci n’est qu’une introduction. Une incursion dans un parallélisme osé entre deux villes aux réalités divergentes. Mais ce n’est pas par excès d’audace. Après quelques mois passés dans la splendeur d’Alexandrie, je découvre une autre ville toute aussi fascinante : Paris. Comme beaucoup de jeunes africains qui rêvent de se retrouver une fois dans leur vie dans la ville lumière, pour moi c’est fait. Difficile de me refaire à la mémoire, les préjugés construits depuis  maintenant vingt-trois années. Certes, certains d’entre eux viennent spontanément. C’est donc l’occasion de faire le vide, pour pétrir dans ma petite cervelle la réelle réalité. Paris rime avec Alexandrie avec beaucoup d’exceptions. C’est le niveau de développement atteint par ces villes qui l’impose. Cependant, à y voir de près, c’est facile de s’imaginer sur une autre planète. En tout cas, certains faits peuvent amener innocemment à le croire. Et pourtant, seulement cinq heures de vol séparent ces deux métropoles…

Paris_Alexandrie

Paris et Alexandrie

Je foule le sol français en pleine journée. Deux heures de temps passées à attendre mes valises à l’Aéroport Roissy Charles de Gaulle. Le speaker annonce que les valises de ceux qui sont venus du Caire seront livrées tardivement. Pour cause, une grève subite des ouvriers chargés de décharger les valises, sur la piste d’atterrissage. Mais là, j’ai cru un instant que j’allais passer une semaine ou deux sans mes effets. Les tristes souvenirs de la RAM, une compagnie de voyage marocaine, lorsque je me rendais pour la première fois en Egypte, me sont revenus avec insistance. A l’occasion de ce vol, j’ai égaré mes valises que j’ai eues deux semaines plus tard, sans le moindre soin. Sauf que cette fois-ci, AF, la compagnie française que j’avais prise à destination de Paris, a rapidement pris les choses en mains. J’ai juste pensé qu’il est beaucoup moins stressant d’avoir des soucis en France qu’en Egypte. A raison. Les valises m’ont été rendues à mon adresse le lendemain matin. Et les choses commencent bien donc.

Dans mes folles années d’enfance où j’ai eu l’occasion de lire un livre, d’admirer une image dans un magazine, Paris me paraissait un eldorado sur terre, avec sa fameuse Tour Eiffel. C’est le coin qu’il fallait avoir visité au moins une fois dans sa vie. Dans ma famille, il y a certaines personnes que nous appelions affectueusement « Tonton Paris », puisqu’ils s’y sont établis depuis plusieurs années avec leurs enfants. Ceux-là bénéficient d’une attention particulière pendant les quelques jours qu’ils viennent passer au Bénin. Pour la plupart des jeunes, il faut aller à Paris pour étudier afin d’espérer une carrière mieux construite. Ce n’est pas tout à fait faux me semble-t-il, au regard du sérieux qui entretient de tels sujets en France. Mais il y en a qui continuent de croire que la richesse, c’est en France. Ce qui est de moins en moins vrai.

S’il y a une chose qui m’inquiétait le plus en arrivant à Paris, ce sont les transports. Je me suis toujours fait à l’idée que le « zémidjan » (taxi moto au Bénin) est le mode de transport le plus pratique (même si le plus dangereux) qui puisse exister. Sans me tromper. Parce qu’entre métro, RER, tram, bus, train, taxi et vélo, il faut faire un choix. Le but est d’arriver le plus rapidement possible à destination au moindre coût. Je suis devenu subitement nostalgique des mini-bus pas chers d’Alexandrie. Mais, je me permettrai de revenir dans un prochain billet sur l’expérience exaltante des transports à Paris. Je ne manquerai pas de vous raconter comment il est tout aussi facile que difficile de se perdre dans un arrêt.

Mais à paris, tout n’est pas rose comme on s’imagine quand on n’y est jamais parvenu.  A mes frères africains que je rencontre ici, je prends du temps pour écouter la vie qu’ils mènent. Je ne suis pas rassuré que partir pour ne plus revenir reste la meilleure option. Et je termine toujours par une question : « Penses-tu rentrer un jour ? ». Pour le moment, on m’a toujours servi une affirmative convaincante.

Au fil des jours, je tente d’épouser Paris et de m’y plaire. J’essaye de voir en quoi elle ressemble ou  diffère des autres villes que j’ai connues et qui m’ont marqué. C’est une extase continue de s’étonner devant des faits, si sensibilisé qu’on puisse être. L’étonnement vient de façon subite et subtile. Et il ne se passe pas un instant, une seconde où on se dit, tout est accompli par le Blanc ! Cet instant de rêve, de plaisir aussi où on n’imagine pas que la vie peut être aussi facile, vient sans préavis. Entre les mille et dures réalités des transports.  Entre ce qui n’est plus réellement pour moi, un choc culturel mais une curiosité. Au contact de la créativité de l’Homme dont je n’avais pas connu l’immensité plus que je l’ai minimisée. Le résultat de cette masturbation à la fois visuelle et intellectuelle me parait fort charmant. Comme dans tout voyage initiatique, je cherche vite à prendre mes repères. C’est ce qui reste fascinant au quotidien. Des préjugés que j’avais, il y en a qui ont disparu. Mais je suis encore loin de m’imaginer les surprises qui m’attendent, tant tout paraît aussi prévu, aussi ordonné et aussi surprenant.

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
Djossè TESSY

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3 Commentaires

  1. Pour cette partie, je pense que Paris gagne la manche. Pour la suite, je ne peux que conjuguer en anglais : « Wait and see »
    Courage donc et bon séjour!!!

  2. J’ai hâte de lire la suite de tes découvertes. Si je te dit qu’en rentrant d’Alexandrie, puis de Dakar, il y a tout juste un an, j’ai posé mes valises dans cette ville sans trop savoir où j’allais m’installer, tu comprendras mieux que personne le dépaysement que j’ai ressenti en arrivant. Moi aussi je regrettais le mashrua à mon premier pas dans le métro parisien!

    1. Pé pi, merci d’être passée. Oui, je crois que c’est assez dépaysant. De plus en plus, je réfléchis chaque jour avant de sortir parce que je me perds assez souvent à cause du transport lol (c’est pour bientôt sur le blog). De toutes les façons, je m’y plais beaucoup et il y a tellement de choses à raconter.

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