« Moi président de la République » du Bénin…

Les nombreuses crises sociales au Bénin poussent à regarder vers la sortie : la fin du mandat de Boni Yayi, président de la République, en 2016. Entre-temps, je me suis demandé ce que je ferai en tant que président. J’ai pensé à la fameuse « moi président de la République» de François Hollande lors de son face à face avec Sarkozy le 2 mai 2012.

Moi président de la République, je ne toucherai pas à la Constitution

L’un des péchés mignons de Yayi, c’est de vouloir réviser la Constitution à deux ans de la fin de son mandat. Au Bénin, la Constitution est un fétiche. Ce qui veut dire qu’on n’y touche pas. Ou bien pour y toucher, il faut faire des « cérémonies ». Matthieu Kérékou en sait sûrement quelque chose. En son temps, plusieurs organisations de la société civile et les partenaires sociaux se sont opposés à sa volonté de modifier la Constitution. Il s’est donc retiré tranquillement. Moi président, je ne tenterai pas de la toucher, sauf si le peuple le souhaite. C’est vrai qu’il y a des articles à revoir. Plus il évoque le sujet de la révision, plus il est mal vu. Moi président, je ne ferai pas cette erreur-là. Même s’il n’y a pas de sondage pour voir sa popularité dégringoler, l’ambiance sociale le prouve aisément et la presse en parle.Armoirie Bénin

Moi président, les opérateurs économiques seront mes partenaires

Les opérateurs économiques au Bénin ont des difficultés avec Yayi Boni. Déjà, ils ne sont pas nombreux à oser investir dans ce pays. Le plus puissant d’entre eux, Patrice Talon, a déjà vu tous ses intérêts sur le sol béninois menacés. Au nom de l’affaire tentative d’empoisonnement du chef de l’Etat. Sébastien Ajavon, Pdg du Groupe Comon Cajaf voit souvent à ses trousses les agents du ministère des Finances pour redressement fiscal. Moi président, je voyagerai avec les opérateurs économiques dont la contribution au budget national est significative. Ceci pour leur permettre de conquérir d’autres marchés à l’international. Je les impliquerai dans mon projet de société. Je ne les persécuterai pas. Ils seront mes partenaires.

Moi président, je travaillerai pour la cohésion sociale

Le président que je serai ne cherchera pas les poux sur la tête du chauve. Comme Yayi Boni a pris l’habitude de le faire aussi souvent et si bien. Je me demande comment il s’arrange pour être toujours dans la tenaille des syndicalistes. Les décisions qu’il prend, les propos qu’il tient ne sont pas de nature à lui faciliter la tâche. Ce qui fait que les mouvements de déblayage qui naissent paralysent le pays. Les enseignants en grève. Les magistrats en grève. Les médecins en grève. Je prendrai mes dispositions pour discuter à intervalles réguliers avec les partenaires sociaux afin d’anticiper ces crises. Je chercherai les solutions, non dans de beaux discours, mais en affrontant les problèmes qui se posent. Surtout, je n’imputerai pas les salaires des travailleurs à mon gré au motif contestable de la grève. Je ne programmerai pas un voyage à l’international, la veille de la fête des religions endogènes (10 janvier de chaque année chômé et payé) juste pour ne pas y assister à cause de mes convictions personnelles. Je serai au côté du peuple lors dces commémorations qui lui semblent importantes.

Moi président de la République, je ferai de grandes concertations

Sur le dialogue politique. Les partis politiques qui n’auront pas les mêmes idéologies que moi, je ne les appellerai pas l’opposition. Je les appellerai les « autres courants de pensée ». Je mettrai en place un cadre de concertation entre les différents partis politiques afin que tous les citoyens béninois participent à l’animation de la vie publique. Je ne motiverai pas financièrement les hommes politiques pour qu’ils disent, fassent ou ne fassent pas telle ou telle chose à ma gloire. Je chercherai l’intérêt supérieur de la nation. Pour cela, je commencerai par leur donner une tranche d’antenne à la télévision nationale.

Sur l’économie, je parlerai franchement aux opérateurs économiques. Pas uniquement avec des fora qui n’aboutissent à rien. Mais aussi, je mettrai en place les mesures qui garantissent leurs investissements. Je travaillerai à la production locale et à la consommation locale.

Sur la culture. Je chercherai à discuter avec les acteurs des différents domaines de la culture. Je penserai à mettre en place des politiques sectorielles de la culture. C’est aussi un des domaines où il y a peu d’études sur l’état des lieux. Je commanderai des études sur les industries culturelles et créatives, le patrimoine, la lecture, les artistes… Je veillerai à mettre en place des infrastructures pour le développement des activités culturelles au Bénin.

A la jeunesse. Je parlerai de père en fils. Je ne les utiliserai pas politiquement. Je ne les convoquerai pas pour leur dire que je vais « bondir ». Je les appellerai pour écouter leurs préoccupations et leurs propositions. Pour leur parler des mesures que j’entends mettre en place pour leur insertion professionnelle. S’il y a confusion sur le campus, je n’enverrai pas les militaires comme en Centrafrique. Juste le dialogue entre les différentes parties pour une sortie de crise.

Aux femmes. Elles ont déjà des microcrédits. Je ne leur dirai pas seulement que je les aime. Je leur dirai qu’elles ont leur rôle à jouer dans le développement de ce pays. Je travaillerai à l’égalité homme et femme notamment en nommant les femmes à de hauts emplois de la République. En opérationnalisant la gratuité de l’enseignement pour les filles. En primant les meilleures filles aux différents examens académiques.

Moi président de la République, je ferai attention aux mots que j’utilise dans mes discours

Je préparerai au mieux mes interventions médiatiques. Moi président, je n’utiliserai pas des mots pour me rendre ridicule. Pour cela, je ne sortirai pas de ma feuille de discours pour montrer mes réactions épidermiques. Je ne dirai rien qui ne soit prévu. Huit années de pouvoir. Yayi Boni a créé plusieurs concepts dont il est le seul à avoir le secret. En 2006, il est venu avec le « changement ». Au bout de cinq, comme si cela ne suffisait pas, l’homme crée la « Refondation ». Pendant son deuxième mandat, Yayi Boni n’a pas tari d’imagination. Il parle de la « dictature du développement ». Tous ces concepts, quand bien même controversés, ont eu une certaine aura. Parce que, dans les discussions, les Béninois les utilisent souvent : « c’est le changement », « c’est la refondation », « c’est la dictature du développement », pour s’en moquer ! Il a su créer un autre slogan qui lui a marché : « Les femmes, je vous aime ». Les femmes constituent plus de la moitié de la population béninoise. Et donc une cible à convaincre quand il s’agit de prendre le pouvoir. Yayi ne s’est pas arrêté là. Il désigne les jeunes chroniqueurs d’une chaîne de télévision privée de « petits ». Mais comme il est un « cabri mort » il se refuse de réagir pour leur faire du mal. Tout récemment encore, en recevant des jeunes à la Marina, il a promis  de « bondir ». Le « bondinini » est né. C’est sûr que je n’ai pas sorti tous les concepts du lexique Yayi. Tellement l’homme ne manque pas d’imagination. Moi, je ne serai pas ce président-là. Je serai le président qui canalise ses émotions et qui sait quoi dire à son peuple.

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
Djossè TESSY

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