Egalité entre homme et femme en Afrique : une utopie ?

La journée internationale de la femme inspire les femmes du monde. Celles instruites défendent celles restées dans les champs, celles malmenées dans leurs foyers ou encore celles qui s’abritent dans les camps de réfugiés. Les activités au nom de la femme foisonnent. Les discours se suivent. La presse se met en branle. Le réseau social Facebook abonde de messsages poétiques, de fleurs si colorées pour les femmes. Les organisations de protection des droits de la femme s’activent.  Des voix s’élèvent.

Femmes_révoltez_vous©Marine_Fargetton

Femmes, révoltez vous©Marine Fargetton

A l’Université Senghor d’Alexandrie, opérateur direct de la Francophonie, les femmes ont décidé de débattre au sein de la Société d’art oratoire. Un débat structuré devant un jury chargé de désigner l’équipe gagnante. Deux équipes de quatre femmes exposent leurs différents arguments. Les unes représentent le gouvernement avec à sa tête un premier ministre. Les autres, l’opposition avec un leader. Il s’agit de convaincre l’autre partie et le peuple représenté par le public.

Les femmes débattent de leur condition. Elles débattent de l’éternelle question de l’égalité entre l’homme et la femme. Dans cette joute oratoire, les arguments pleuvent. Au grand plaisir du public, en grand partie masculin, qui soutient par des chuchotements vivaces les arguments qui…les arrangent.

Le groupe des femmes représentant le gouvernement soutien que l’égalité entre l’homme et la femme en Afrique est une utopie. Pour ces femmes, l’égalité est difficilement réalisable sur plusieurs points. D’un point de vue socio-culturel, la société africaine est patriarcale. Il n’existe d’autorité que celui de l’homme, le chef du foyer. Certes il existe des foyers où c’est la femme qui détient le pouvoir. La société africaine n’est pas habituée à de pareils cas qui ne la laissent donc pas indifférente. C’est bien cette exception qui confirme la règle. D’un point de vue biologique, les deux êtres ne sont pas dotés de la même morphologie ce qui donne tout son sens au statut de sexe faible souvent prêté à la femme. Aussi, selon ces femmes, l’égalité entre l’homme et la femme relève d’une affirmation émotionnelle. Les réalités sont là et il n’est pas question de les occulter pour prétendre à une égalité saugrenue. Elles constatent aussi que la pauvreté tend à se féminiser, que les femmes ont encore moins accès à l’éducation que les hommes et que d’ailleurs, les actions d’ONG financées à grand frais n’ont que pour effets, de détruire nos tissus socio-culturels en Afrique.

Les femmes de l’opposition sont irritées par ces arguments…féminins. Elles pensent que l’égalité entre l’homme et la femme devrait être une réalité. Pour en convaincre, elles posent un certain de nombre de questions. Des questions qui interpellent le « gouvernement ». « Sommes-nous dans un Etat de droit ? ». Les femmes fustigent la discrimination qui est faite entre homme et femme car, tous les hommes naissent libres et égaux en droit, comme consacré dans plusieurs instruments notamment les constitutions. Elles s’interrogent davantage : « est-ce qu’avant de faire un enfant, décidons-nous du sexe du nouveau-né ? » ou bien « choisissons nous une éducation spéciale pour l’un ou pour l’autre »,  « s’agit-il d’une égalité de droit ou de fait ? ». Cette série de questionnements montre l’angle juridique sous lequel l’égalité entre homme et femme est perçue. Et si aujourd’hui cette égalité n’est pas encore réelle, il faut s’intéresser à ce que le  « gouvernement » fait pour la mise en application des textes. Parce que, s’insurgent les femmes de l’opposition, « les conventions internationales, pourquoi les signer si ce n’est pas pour les mettre en application ? »

Les femmes de l’opposition insistent aussi sur le fait qu’il est scientifiquement prouvé que l’homme et la femme ont les mêmes compétences intellectuelles. Il suffit de constater qu’il existe des femmes qui sont chefs d’entreprises, scientifiques, ministres, ou encore présidentes de la république pour s’en faire une idée. Les exemples sont légion. Mais leurs fonctions ne les empêchent pas d’assumer leurs rôles à la fois de femme au foyer et leurs responsabilités professionnelles. Donc il ne sert à rien de se défausser sur des arguments socio-culturels pour voir la situation ne pas sortir de son ornière.

Cette sixième permanence de la Société d’art oratoire de l’Université Senghor a vu les femmes, uniquement elles-mêmes débattre de l’égalité homme femme. Et visiblement, il y en a qui ne veulent pas de cette égalité.  Personnellement, je pense qu’il faut pouvoir repenser cette question pour voir ce qui est réaliste et comment y arriver.

Que faut-il pour réaliser l’égalité homme femme ?

En Afrique aujourd’hui encore, elles sont des milliers à être battues, violées dans les foyers de conflits, à courber l’échine dans les champs. Au nom de leur faiblesse physique. Mais il faut agir sur des leviers pour changer cette triste réalité.

Dans le roman Sous l’Orage de Seydou Badian, le muezzin s’exclame à propos de l’école : « ma fille a moi ne verra jamais les portes de ce lieu ». Cette manière de penser n’a pas favorisé l’amélioration de la condition de la femme. Parce qu’une femme c’est d’abord une éducation. En réalité c’est la première lacune à combler dans nos sociétés. Envoyer les filles à l’école. Par l’éducation, la femme peut facilement connaître ses droits et s’affranchir des pesanteurs socio-culturelles de nos sociétés traditionnelles. Par exemple, je suis scandalisé quand j’entends une femme dire qu’il faut que son  mari soit à coup sûr polygame…

En plus de l’éducation, la femme doit pouvoir se prendre en charge. C’est en quelque sorte le but visé par les programmes d’octroi de microcrédit aux femmes. Plusieurs pays ont fait l’expérience même si ces programmes sont critiqués pour leur visée politique. L’idée est d’amener la femme à se créer de la richesse par de petites activités génératrices de revenus. L’argument que la pauvreté tend à se féminiser ne trouvera donc plus son sens. D’ailleurs, c’est aussi un levier de lutte contre la pauvreté.

Légiférer sur l’égalité entre l’homme et la femme comme c’est à la mode dans plusieurs pays en Afrique, n’est pas la solution. La solution appartient d’abord aux femmes. Par leur habileté à se positionner politiquement, économiquement et culturellement dans leur pays. La faveur d’une loi est de nature à confirmer l’inégalité si tant décriée. Femmes indignez-vous ! Femmes révoltez-vous !

PS : Dessin de Marine Farguetton

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Djossè TESSY
Béninois, écrivant à mes heures perdues
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